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Douzième Edition
Du 11 au 21 mai 2010

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La orilla que se abisma
/La rive qui s’abîme
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Un film de Gustavo Fontán, photographie de Luis Cámara,
2005-2008, couleur, 64’, V. O., sans sous-titres.

Un regard sur l’oeuvre de Gustavo Fontán

Le film, un dialogue avec la expression poétique de l’ecrivain d’Entre Ríos Juan L. Ortiz, part des interrogations : serait-il possible de regarder et regarder, regarder et arriver jusqu’au dernier sens de la rivière au-delà de la rivière ? Sera-t-il possible de regarder le paysage jusqu’à y découvrir les dimensions de ce qui lui est transcendant, c'est-à-dire abyssal ? Bleu et cieux, des rivières – le Paraná et le Gualeguay – et des bois, le vent, le silence, le vert et bleu derrière le voile nébuleux du littoral. C’est un cinéma qui, en recourrant à l’essentiel de l’image, est capable de transmettre des émotions si particulières comme celles de Ortiz, qui emmènent à réfléchir sur la contemplation de la nature.



Il est important d’éclaircir que tous ceux qui cherchent des références biographiques à propos de Ortiz doivent s’en abstenir. « La rive… », est la libre interprétation de l’œuvre d’un poète. Fontán a construit un film où les paysages d’Entre Ríos qui ont hypnotisé Ortiz se transforment avec les changements de champ, de lumière, de texture, de son, en quelque chose de différent : Images qui se ressemblent a des peintures impresionistes, ou surrealistes, ou a des fragments d’un rêve, entre autres choses, grâce a la subtile interprétation de son directeur de photographie, Luis Cámara. C’est presque impossible de définir ce film ; jusqu’au concept de spectateur entre en crise : celui qui se laissera amener par « La rive… » se rencontrera voyageant par ses propres, involontaires, associations et perceptions.


C’est le travail d’un cinéaste qui construit une œuvre cohérente, à contre courant, qui élude aussi bien le documentaire que la tentation d’illustrer la lyrique du poète avec des images, pour proposer, en échange, un dialogue avec ses vers. Le film dialogue avec l’œuvre de Juan L., mais sans être une question ni une réponse à ses vers il réussi à la traduire subtilement au langage de la photographie en mouvement, sans trahir la délicate essence de l’original.
« La rive qui s’abîme » n’est pas un documentaire : le documentaire équivaut à l’essai et ici il n’y a que poésie ; ni une fiction non plus. Avec l’impertinence hors du genre qui le caractérise, Fontán affirme que tout récit est un regard sur l’histoire, non pas l’histoire. Et il ajoute : « j’ai toujours cru que l’art doit sauvegarder son droit de l’expérimentation. Devant chaque film, je me pose des questions différentes et en faisant cela je crois que je les déplace au spectateur. Ces questions, maintenant que je le pense, sont ce qu’on pourrait appeler dans un sens général, le regard. Chaque récit est un regard sur le monde, une possibilité de le penser et de se penser. »

   

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